Récits de course

Témoignages des survivants

// ARCHIVE 2025

Récit de Pierre

#01

« Départ au coucher du soleil à 18h30 de 16 personnes pour aller chercher 12 livres. 2 livres trouvés en 1h15…puis le chantier jusqu’au livre 3.

L’organisation et les accompagnateurs étaient présents avant le 4ème livre. Cela aura eu raison de 7 personnes qui préfèrent arrêter (en même temps, 12km en 4h…). Les jambes sont ensanglantées, des épines partout sur le corps, des vêtements et sacs déchirés : passage à travers des dizaines de mètres de ronces, 20 minutes à ramper sur le sol pour passer sous des ronciers.

Passage par le parking du départ entre le 4ème et le 5ème livre. 2 autres courreurs préfèrent arrêter leur course.

On repart à 7. On s’arrête en haut du village, à 23h30 pour demander de l’eau dans une maison avec de la lumière allumée. Avant d’arriver au 5ème livre, escalade d’un rocher. On a clairement passé le stade du dangereux. La motivation commence à partir.

Go pour le 6ème livre, ça paraît proche sur la carte. Mais toujours ces mêmes ronces qui viennent te rappeler toutes celles qui sont passées avant, elles continuent de lacérer le peu de peau intact qu’il reste. La brume est arrivée et il commence à faire très froid. On y arrive tant bien que mal, mais la motivation n’est plus là depuis 2 bonnes heures.

Le 7ème paraît vraiment facile à atteindre. C’était sans doute la portion la plus facile. Mais, la décision est prise, le moral n’est plus là. Signe du destin ? La montre s’arrête car plus de batterie. Après l’avoir trouvé, avec un autre coureur, on décide de longer la rivière puis la voie ferrée pour rentrer au parking du départ.

Fin de course vers 3h30 du matin, environ 30km en 8h30. Les 2 jambes complètement lacérées des chevilles aux cuisses. »

// ARCHIVE 2026

Récit de Cédric

#02

« Trace Fantôme — Le monde à l’envers

Lettre de condoléances en poche, l’excitation monte. Mail après mail de l’organisation, jusqu’au jour J. Quelques jours avant, le lieu tombe.

Secret. Et il doit le rester. Course pirate oblige.

La Trace Fantôme, c’est ce truc étrange, quelque part entre trail, orientation et parcours commando. Un délire inspiré de la Barkley, version forêt française, avec l’ombre du fantasque Lazarus Lake qui plane au-dessus.

On arrive sur la base de départ Personne ne se connaît vraiment. Et pourtant… La fraternité est déjà là. Celle qui naît juste avant les événements où tu sais, à l’avance, que tu vas en chier. C’est une course, oui. Mais si finisher il y a — spoiler : non — ce sera un vétéran. Quelqu’un qui sait déjà.

L’orga arrive, tout sourire, connaissant l’ampleur du défi qui nous attend ! On reçoit la carte, le dossard , les règles :

  • Pas de téléphone.
  • Aucun balisage.
  • Zéro ravito.
  • Gels interdits.
  • Trace quasi inexistante.
  • Short obligatoire.

On est loin du confort.

Objectif : trouver 14 livres planqués sur une trace approximative, chargée dans la montre, avec quelques indices farfelus… et une carte sur laquelle on recopie le parcours à la main. Les deux heures avant le départ sont studieuses.

Seize participants. Frapadingues ou lucides — au choix. Une phrase reviendra après la course : “Tu as trouvé ce que tu étais venu chercher ?”

Le départ approche. Les sacs sont serrés. Les frontales prêtes à jaillir. L’orga fait durer. Pas assez nuit. La cornemuse tourne en boucle. Discours. Minute de silence. Et ça part.

Plus le temps de réfléchir. Direction l’inconnu. Ça part vite. Ça grimpe fort. Le groupe s’étire. Et là — déjà — ma Garmin fait des siennes. Même pas 1 km : trace perdue, groupe perdu. Reboot. Je repars. Bonne étoile : les frontales sont là, devant. Premiers pas en forêt. On comprend. La trace ? Fantomatique. Azimut brutal. Aucun repère.

On a mis les pieds dans le monde à l’envers.

On devine les villages au loin, quelques lumières… Mais plus rien de familier. Cette montre. Ce bout de papier. Seuls liens avec le monde “normal”. La déconnexion est instantanée. La connexion entre nous aussi.

On se perd. On remonte. On redescend. Personne ne râle. Tout le monde cherche. Le leader devient le dernier en quelques minutes. La trace est traître.

Relances brèves. Marche rapide. Technique. Premier livre. Enfin. Puis le deuxième. On grimpe fort. On se hisse les uns les autres. Toujours une main gantée prête à aider. Et puis… le drame. Pas un monstre. Pas un piège. Une pause pipi. Je reviens. Plus personne. Aucune frontale. Gauche ? Droite ? Je fais confiance à la montre. À la carte. Je plonge en forêt. Boue. Silence. Un étang. Je repense à un indice… mais non. Pas celui-là.

Je suis seul. Dans la forêt. Et finalement… pas si mal. Des oiseaux s’envolent. Des traces d’animaux. Aucun trailer. J’écoute. Je scrute la moindre lueur. Je suis bien. Mais retrouver le groupe ne serait pas du luxe. Je mange. Je bois. De toute façon, je n’ai rien d’autre à faire.

Erreur de débutant.

Au lieu de chercher le livre, je cherche le groupe. Choix : le dur… ou l’enfer. Ceux qui me connaissent savent. Je prends l’enfer. Mur de végétation. Ronces. Épines. Branches.

La bataille commence

Mètre après mètre. Mon bonnet reste accroché. Ma frontale tombe. Plusieurs fois. Parfois, le noir complet. La lune éclaire… un peu. Pas assez. Impossible de sortir la carte. Trop dense. Puis soudain : ça s’ouvre. Une zone plus “civilisée”. Et là… au loin… des petites frontales. Je m’assois sur un tronc. Sandwich. J’attends. La meute revient. Mes jambes sont en sang. Ça brûle. Ça fait mal. Je réintègre le groupe. Ils sont sur la trace du 3ᵉ livre.

Coup dur : demi-tour.

Repasser par l’enfer. Dans ce sens, une trace existe. Moins destructrice. Mais chaque ronce qui frôle mes jambes est une décharge. Je continue. Mais je le sais déjà. Le 3ᵉ livre sera mon dernier. Il le sera. J’abandonne.

La tête haute. Être sorti, seul, de ce bourbier, c’est ma victoire. Je salue le groupe. L’orga me récupère. Ils n’étaient même pas censés être là.

Une boucherie

J’aurais pu continuer. Mais le lendemain, en voyant mes jambes… je valide la décision. J’ai trouvé ce que j’étais venu chercher. De la folie. De la brutalité. Un dépassement de soi qui n’existe pas dans le quotidien.

Des valeurs humaines. Personne ne juge. Chacun vient avec ses forces et ses faiblesses. Le groupe prime. Alors même que, pour aller au bout, il faut un jour s’en affranchir. Et le plus étrange ?

Pas ces 3 pages que je garde précieusement ! J’ai déjà envie d’y retourner. Pas par masochisme. Mais pour voir jusqu’où on peut encore aller, là où il n’y a plus de repères.

En ultra, je connais mes limites. Ici… pas encore. »

Documentation Visuelle

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« Si vous devez faire face à un véritable défi, il faut que ce soit un véritable défi. On ne peut rien accomplir sans risquer l'échec. »

— Laz